Une certaine idée de la civilisation

CivilisationHumanismeLibertéResponsabilitéSpiritualitéTransmission

Ma grand-mère ukrainienne Tania et moi en 1976
Ma grand-mère ukrainienne Tania et moi en 1976

Beaucoup de mes contemporains, amis, collègues ou simples connaissances ont essayé de cerner qui je suis, quelles sont mes idées et où je me situe, souvent sans jamais me le demander. Ils ont cherché une réponse simple : gauche ou droite, progressiste ou conservateur, croyant ou rationaliste, moderne ou attaché au passé. A ou B, noir ou blanc.

Je ne fonctionne pas ainsi. Je suis porté par la nuance, par l’amour de la variété et par le goût de la différence. Cette coexistence n’est ni de l’indécision ni de la contradiction : elle procède d’une certaine idée de la liberté, de la dignité humaine et de la civilisation. Voici donc, non pas la case dans laquelle je souhaiterais être rangé, mais quelques principes qui me portent et me permettent de regarder le monde.

Je suis un humaniste républicain, attaché à la liberté de pensée, à la responsabilité individuelle, à la compétence et à la transmission culturelle. J’accorde davantage de valeur au raisonnement, à l’expérience et aux faits qu’aux appartenances partisanes ou aux slogans.

Libéral en matière économique, scientifique et technologique, je considère le progrès comme un outil dont les effets dépendent avant tout de l’usage qu’en font les êtres humains. Cela se retrouve dans mon regard sur l’intelligence artificielle, le nucléaire ou les nouvelles technologies : je refuse aussi bien la peur irrationnelle que l’enthousiasme aveugle et préfère examiner les bénéfices, les risques et les conséquences réelles.

Plus conservateur sur le plan culturel, je suis attaché à la connaissance, à la langue, à la foi catholique, à la civilité et à la continuité historique. Mon catholicisme demeure toutefois ouvert à la rencontre avec d’autres traditions spirituelles. Je m’intéresse aux sources hébraïques du christianisme, aux textes bibliques et, plus largement, aux récits anciens dans lesquels les civilisations ont exprimé leurs interrogations sur l’origine du monde, la condition humaine, le bien, le mal, la mort et la transcendance. Je ne les aborde pas seulement comme des affirmations religieuses, mais aussi comme des héritages symboliques, historiques et philosophiques qui continuent de structurer notre pensée.

La basilique Saint-Epvre de Nancy
La basilique Saint-Epvre de Nancy

Je porte également un intérêt sincère aux philosophies et religions de l’Inde et du Tibet, à leurs symboles, à leurs divinités et à leurs pratiques contemplatives. Cette curiosité ne traduit pas nécessairement une adhésion ni une volonté de confondre les croyances, mais une disposition à reconnaître la profondeur spirituelle et philosophique de civilisations différentes de la mienne. Mon conservatisme n’est donc ni un refus du changement ni une hostilité envers les différences : il consiste plutôt à préserver ce qui donne de la profondeur à une civilisation, tout en restant capable de recevoir ce que les autres traditions peuvent m’apprendre.

Lieu de dévotion et de prière consacré aux divinités hindoues, dans le nord de l’Inde.
Lieu de dévotion et de prière consacré aux divinités hindoues, dans le nord de l’Inde.

Ma sensibilité comporte également une véritable dimension sociale, fondée moins sur l’égalitarisme que sur la dignité, la décence et l’accès effectif aux moyens d’agir. Je m’interroge, par exemple, sur le risque que l’intelligence artificielle creuse davantage l’écart entre ceux qui auront accès aux meilleurs outils intellectuels et ceux qui en seront privés. Je ne cherche pas à rendre chacun identique, mais souhaite une société dans laquelle personne ne soit condamné à se diminuer ni empêché de construire sa vie.

Je me méfie des idéologies fermées, des mouvements de foule et des récits populistes, qu’ils viennent de la gauche ou de la droite. Je critique les discours qui réduisent l’économie à une opposition sommaire entre riches et pauvres, ou qui transforment systématiquement le désaccord en faute morale. À mes yeux, la polarisation actuelle vient en grande partie de cette incapacité à écouter et à recevoir la parole de l’autre, ainsi que de la tendance des réseaux sociaux à récompenser l’indignation et les réactions excessives.

Je cherche donc moins à appartenir à un camp qu’à préserver une certaine idée de la civilisation : une société fondée sur la connaissance, la liberté, la responsabilité, la dignité humaine, la possibilité du dialogue et le respect des différentes sensibilités spirituelles. On pourrait me définir comme un libéral-conservateur humaniste et républicain, au sens philosophique de ces termes. Cette définition ne suppose aucune adhésion automatique à la droite française actuelle : elle désigne avant tout un attachement conjoint aux libertés individuelles, aux réalités économiques, à la responsabilité sociale et à la transmission des héritages culturels et spirituels.

Alexandre Vialle