Poème : L’alchimiste de plastique

Dans l’ombre, un fil captif, roulé comme un serpent,
S’éveille sous le feu d’un courant transparent ;
La machine, en chantant sa minutieuse trame,
Donne un corps à l’idée et du poids à notre âme.
Flacons, boîtes, palais, lampes aux feux nouveaux,
Rouages d’une horloge et mystérieux cerveaux ;
Tout naît, lentement tissé par l’ardente matière,
Du songe devenu forme, objet, couleur, lumière.
Ô merveilleux métier ! Le temps, l’électricité,
La chaleur ont conclu leur sombre société ;
Et l’homme, enfin grisé de sa féconde ivresse,
Imprime l’invisible avec une caresse.
Puis il offre son œuvre aux rêveurs inconnus,
Et reçoit leurs secrets sur les réseaux venus :
Ainsi chacun enrichit cette immense fabrique,
Où l’imagination devient chose plastique.
Alexandre Vialle